Qui a gagné le débat Trump-Biden ?

ven, 10/02/2020 - 16:38

Lorsque les premiers débats télévisés ont eu lieu en 1960, le monde a vu deux jeunes candidats, John F Kennedy et Richard Nixon, s'engager respectueusement dans une discussion intelligente et élevée. Le dernier débat entre Trump et Biden a été tout sauf courtois, selon plusieurs analystes.

A l'époque, en pleine guerre froide, alors que la bataille idéologique faisait rage entre Washington et Moscou, les débats étaient considérés comme une publicité passionnante pour la démocratie américaine.

S'exprimant dans l'esprit du bipartisme patriotique qui caractérisait si bien la politique américaine dans les années 1950 et au début des années 1960, Kennedy a ouvert le premier débat en se demandant comment il serait perçu par les spectateurs étrangers.

"Lors de l'élection de 1860, Abraham Lincoln a déclaré que la question était de savoir si cette nation pouvait exister à moitié esclave ou à moitié libre. Lors de l'élection de 1960, et avec le monde qui nous entoure, la question est de savoir si le monde existera à moitié esclave ou à moitié libre, s'il ira dans le sens de la liberté, dans la direction de la route que nous prenons, ou s'il ira dans le sens de l'esclavage"avait dit John F Kennedy.

Selon des analystes, le face à face Trump-Biden de mardi, évoque une autre époque et un autre pays : une Amérique partagée, une nation aux clivages infranchissables, un pays en proie au déclin démocratique.

Deux hommes âgés, tous deux septuagénaires, ont échangé des insultes et des moqueries, avec un président en exercice qui, une fois de plus, bafoue en "prime time" les normes de comportement conventionnel.

Les anciens présidents Lincoln et Kennedy ont dû se retourner dans leur tombe, dira un analyste. Le perdant, c'est nous, le peuple américain, ajoute-t-il.

Pour les nombreux téléspectateurs étrangers, mais aussi pour une grande partie des Américains, le débat a offert une représentation en temps réel du déclin des États-Unis.

Il nous a rappelé une fois de plus à quel point " l'exception américain" est de plus en plus considérée comme une construction négative : quelque chose associée à la division raciale et au chaos politique, indique un analyste.

Le quotidien allemand Der Spiegel écrit: "Un duel télévisé qui ressemble à un accident de voiture".

"Jamais la politique américaine n'avait sombré aussi bas", déplore le correspondant américain de La Repubblica en Italie.

Le Monde, le journal français qui, au lendemain des attentats du 11 septembre, écrit "nous sommes tous Américains" - "we are all Americans now", le qualifie de "terrible tempête".

Après les premiers débats télévisés en 1960, il y a eu une pause de 16 ans avant de les voir revenir.

Le débat entre Gerald Ford et Jimmy Carter est le premier de la reprise. Il a été gâché par une défaillance technique, qui a coupé le son pendant 27 minutes .

Selon un journaliste, aujourd'hui, le format et même l'avenir de ces débats ont fait l'objet d'un nouvel examen, la Commission des débats présidentiels ayant annoncé qu'il fallait "ajouter une structure supplémentaire au format des prochains débats pour assurer une discussion plus ordonnée".

Au fil des ans, les débats présidentiels sont devenus autant une source de divertissement qu'un moyen d'élucidation. En tant que journalistes, nous leur faisons un battage publicitaire comme les combats de boxe des poids lourds mondiaux de Las Vegas avant de les noter après comme des critiques de télévision.

"Les moments forts, inexorablement, sont les moments de combat et de comédie. Nous avons même adopté le vocabulaire des commentaires de ring", déplore-t-il.

Depuis que Ronald Reagan a démontré sa maîtrise du genre, les débats ont tendance à récompenser le pouvoir des stars sur l'expertise des intellectuels.