Les militaires et le pouvoir : Une question, des réponses, des exemples et des faits

dim, 10/25/2020 - 01:01

Il y a un an l’élection à la magistrature suprême de Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, cet ancien officier général, avait soulevé le problème des rapports des militaires avec le pouvoir.

Notre participation a ce débat, aussi légitime que récurent, est une modeste contribution qui aborde le sujet sous un angle assez large. A cette épineuse équation, nous proposons des réponses étayées d’exemples et de faits concrets. Beaucoup de personnes disent le plus sérieusement du monde que les militaires ne sont pas faits pour exercer le pouvoir.

A cette assertion, on répondra que l’idée que seuls les civils sont faits ou sont nés pour gouverner et les militaires pour être commandés nous semble pour le moins discutable. Nous croyons pour notre part que cette conception particulariste de la démocratie ne résiste pas à une analyse objective et sérieuse.

Nous pensons qu’il s’agit là d’un héritage du colonisateur. En effet, les français (maitres à penser à certains d’entre nous) ont été traumatisés par le renversement de la République par les généraux d’Alger et ont pris en horreur l’intervention du soldat en politique.

Pourquoi établir une différence entre le métier des armes et les autres professions (médecins, avocats, hommes d’affaires, acteurs de cinéma, syndicaliste, footballeur, etc.)

Pour quelle raison les uns seraient autorisés à exercer la magistrature suprême et pas d’autres. Il convient donc de se débarrasser de schémas stéréotypés d’interprétations et de généralisations sociologiques néfastes. Il y a lieu de considérer que l’armée est une entité institutionnelle comme une autre. Les militaires sont eux-aussi des citoyens, même s’ils revêtent un uniforme. On doit peut-être souligner qu’ils constituent cette catégorie dont on exige avant tout qu’elle ait « le sens du devoir ».

D’autre part, on a souvent dit qu’en science politique, il n’y a pas de clés qui ouvrent toutes les portes. On constate également que toutes les grandes puissances ont été gouvernées autocratiquement et qu’il n y a pas de prédispositions à la bonne gouvernance. Ajoutons qu’en Afrique, comme ailleurs, les militaires ont exercé le pouvoir avec des succès et des échecs.

DES EXEMPLES TIRES DU PASSE

L’histoire nous révèle de multiples exemples de chefs d’Etat populaires qui sont pourtant issus de l’institution militaire. Citons:

- le premier président Américain Georges Washington. Ce général, héro de la guerre de l’indépendance, fut le seul président à avoir été élu deux fous à l’unanimité car il n’avait pas d’opposants. C’est sous son mandat qu’un Bill of Right garantissant les droits individuels fut ratifié (les dix commandements).

- Charles de Gaulle, communément appelé le général de Gaulle ou parfois simplement le Général, fut le premier à occuper la magistrature suprême sous la cinquième République et est considéré comme un des dirigeants français les plus influents de l’histoire.

- Winston Churchill. Sa ténacité face au nazisme, son action décisive en tant que premier ministre durant la seconde guerre mondiale, joints à ses talents d’orateur et à ses bons mots, ont fait de lui un des hommes politiques les plus reconnus du 20eme siècle. « Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » est cité parmi les plus célèbres discours du 20eme siècle.

- G. .Abdel Nasser : après une carrière militaire, il organise en 1952 le renversement de la monarchie et accéda au pouvoir. A la tête de l’Egypte, il mena une politique socialiste et panarabe appelée « Nassérisme » et est aujourd’hui considéré comme un des dirigeants les plus influents de son époque.

- Sadam Hussein Abd Al Majid Al Tikriti : fut le président de la République d’Irak de 1979 à 2003. Il laisse un héritage politique important après avoir joué un rôle déterminant dans le développement économique de son pays et dans les relations internationales.

- Thomas Sankara : Ce capitaine est devenu un homme d’Etat anti impérialiste, révolutionnaire, socialiste, panafricaniste et tiers-mondiste. Il a rebaptisé son pays, la Haute Volta, devenue le Burkina Faso (la Patrie des hommes intègres). Cette icone Africaine est parfois considérée comme le « Che Guevara Africain ». Il a été proclamé modèle de la jeunesse Africaine au forum social Africain de Bamako en 2006 et au forum social mondial à Nairobi en 2007.

On peut également citer Francisco Franco (à l’origine du retour de la monarchie en Espagne), mais également Theodore Roosevelt (ancien chef de la police de New York.

Dwight D. Esenhower, général, chef du commandement allié en Europe pendant la seconde guerre mondiale, qui a organisé les débarquements, mais aussi Hugo Chavez, même si ce dernier n’est pas arrivé au pouvoir parce que c’est un militaire mais par les urnes.

LE CAS DES MILITAIRES MAURITANIENS

Rappelons tout d’abord que la République Islamique de Mauritanie a obtenu son indépendance le 28 novembre 1960. Le premier président de la République, Maître Moktar Ould Daddah, fut réélu en 1966, 1971 et 1976 avant d’être renversé par un coup d’Etat militaire le 10 juillet 1978. De coups d’Etat à révolutions de palais, les militaires dirigeront le pays sans discontinuer jusqu’à l’élection du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi en 2007.

Aujourd’hui, les Mauritaniens rejettent majoritairement l’accession au pouvoir par coup d’Etat. De là à rejeter tout celui qui a déjà revêtu un uniforme, il y a un fossé qui ne se justifie pas. A revisiter notre passé, on se rend compte qu’aussi paradoxal que cela puisse paraitre, ce sont les militaires qui ont installé la démocratie dans notre pays. En effet, c’est le président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya qui a légalisé les partis politiques en avril 1991, permettant ainsi le déroulement des premières élections multipartites en décembre 1992.

MOHAMED OULD CHEIKH EL GHAZOUANI, UN PRESIDENT ELU

Notons pour mémoire que la définition classique de la démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple. Dès lors, si un militaire accède à des charges politiques par le canal de procédures régulières et que son accession soit accomplie conformément aux règles constitutionnelles et en accord avec elles, on doit se plier au verdict des urnes. Le président élu s’appuie désormais sur les bulletins de vote qui lui octroient sa légitimité.

Le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a été élu au suffrage universel direct le 22 juin 2019 dès le premier tour. En choisissant un ancien officier général, qui a passé de longues années à la direction générale de la sûreté nationale, qui a vaincu le terrorisme à la tête de l’état-major général des armées, un homme rompu au sens du devoir et de l’intérêt général, les Mauritaniens ne se sont pas trompés. Son éducation classique, son cursus moderne, sa culture, sa compétence, son ouverture d’esprit et ses nombreuses qualités humaines lui permettent d’être un chef d’Etat populaire.

Un an après son élection, l’absence de toute crise politique ou sociale apaise et rassure. L’opposition, sous le charme d’une vision nationaliste et des méthodes civilisées, a rangé ses récriminations dans les tiroirs du passé. La pandémie de la covid 19, qui fait des ravages à travers le monde, a, elle aussi, été domptée. Le spectre d’une année blanche a été évité avec sagesse.

Les plus démunis font désormais l’objet d’une réelle attention. Aiguillonnés par un premier ministre clairvoyant et compétent, les membres du gouvernement s’échinent à exécuter des priorités clairement définies pour sortir le pays de l’ornière. Ainsi voit-on tous les jours des projets ambitieux et réalistes mis sur les rails. Tous les voyants sont au vert.

Pour les civils, le président de la République tient solidement le gouvernail du bateau Mauritanie, lui évitant, avec adresse, les pièges, bancs de sable et autres traquenards pour conduire le pays vers les beaux rivages de la concorde, de la stabilité et du développement.

L’institution militaire pour sa part voit en lui le garant de la continuité du programme de modernisation et d’opérationnalisation des armées. Cerise sur le gâteau, tout le monde s’accorde sur le fait que les forces armées nationales ne jouent plus désormais de rôle politique. Elles accomplissent avec discrétion et dévouement leurs seules missions régaliennes. Le seul danger qui se dressé devant la Nation est le sectarisme et le langage extrémiste et pas seulement islamiste.

Capitaine (ER) Leytou Ould Said

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