Le massacre de Tulsa : que s'est-il passé il y a cent ans dans l'Oklahoma ?

mer, 06/02/2021 - 10:55

Les 31 mai et 1er juin 1921, une foule de Blancs s'est attaquée à Greenwood, un quartier Afro-Américain de la ville de Tulsa, dans l'Oklahoma. Longtemps oubliée, cette tuerie raciste est pourtant l'une des pires que le pays ait connu. Des centaines de personnes ont été tuées et des milliers laissées à la rue.

Il y a cent ans, jour pour jour, avait lieu l'une des pires tueries racistes de l'histoire des États-Unis : le massacre de Tulsa. Dans cette petite ville de l’État de l'Oklahoma, des centaines d'Afro-Américains ont été tués et des milliers ont été chassés de chez eux par des Blancs entre le 31 mai et le 1er juin 1921.

Cette tragédie, ancrée dans les mémoires des survivants et des descendants des victimes, a pourtant été tenue à l'écart des livres d'histoire durant 75 ans aux États-Unis. Mais un siècle après ce massacre, le président américain Joe Biden a pris la parole, assurant que le pays "n'oublierait jamais" cette page sombre de son histoire.

Des centaines de morts et un quartier détruit

Tout commence lorsque Dick Rowland, un cireur de chaussures noir de 19 ans qui vit à Tulsa, dans l'Oklahoma, est accusé d'avoir volontairement marché sur le pied d'une femme blanche. Le jeune homme est alors emprisonné pour cet incident mineur qui relève en réalité d'une maladresse.

 

Au sein de la population afro-américaine de la ville, des rumeurs circulent : Dick Rowland pourrait être lynché par des suprémacistes blancs, notamment le Ku Klux Klan. Une pratique répandue à l'encontre des Noirs dans l'Amérique ségrégationniste du XXe siècle.

Des habitants noirs de la ville décident alors de se rendre au tribunal de Tulsa, pour protéger le jeune homme. Mais une confrontation avec des centaines de Blancs à alors lieu sur place : dans une ambiance tendue, des coups de feu sont tirés et une dizaine de personnes, des Blancs et des Noirs, perdent la vie. Les Afro-Américains présents sur les lieux s'enfuient vers le quartier de Greenwood, à grande majorité noire.

Débute alors une longue et violente nuit au cours de laquelle des foules de Blancs pillent et brûlent des dizaines de commerces et de maisons de ce quartier surnommé le "Black Wall Street", symbole de réussite économique de la population noire de Tulsa.

Une photo prise en 1921 montre de la fumée s'élevant du quartier de Greenwood, à Tulsa. Handout/Library of Congress/AFP

En tout, 1256 maisons, 131 entreprises et plusieurs églises et hôpitaux sont détruits entre le 31 mai et le 1er juin 1921. Le 19 mai dernier, près de 100 ans après les faits, Viola Fletcher, l'une des survivantes du massacre de Tulsa, a narré cette terrible nuit devant le parlement américain :

Je n'oublierai jamais la violence de la foule hargneuse de blancs lorsque nous avons quitté notre maison. Je vois encore des hommes noirs se faire tirer dessus et les corps des Noirs gisant au sol dans la rue. Je sens encore la fumée et je vois le feu. Je vois encore les commerces noirs être incendiés et les avions nous survoler.

Viola Fletcher, 107 ans, survivante du massacre de Tulsa.

La police, qui n’avait pas essayé d’arrêter la tuerie, a même armé certains émeutiers, selon le rapport d’une commission d’enquête.

Des centaines de morts... et même beaucoup plus

Le terrible bilan humain de ce massacre a été minimisé durant de longues décennies. Il a d'abord été évalué à "seulement" quelques dizaines de Noirs tués. Mais selon les récents travaux d'historiens, jusqu’à 300 Afro-Américains auraient perdu la vie. Plus de 10.000 autres se sont par ailleurs retrouvés sans abri et sans travail après les incendies. Quelque 6000 personnes noires ont également été internées dans des camps.

 

Mais l'ampleur réelle de ces violences ne sera probablement jamais connue. Il y a quelques mois, une équipe d'archéologues a découvert l'existence d'une fosse commune tout près du quartier de Greenwood, brûlé durant la tuerie. Selon les experts, qui s'attendent à retrouver d'autres charniers dans la ville, les corps pourraient appartenir à des victimes du massacre survenu il y a cent ans. D'autres dépouilles, jetées dans la rivière Arkansas après les faits, ne seront probablement jamais retrouvées.

Survivants et descendants de victimes demandent réparation

Les descendants de Noirs tués il y a cent ans ainsi que des survivants eux-mêmes attendent désormais des réparations de la part du gouvernement américain. "Je veux qu’il ressente notre douleur", a ainsi déclaré une habitante de Tulsa lundi à l'attention de Joe Biden.

Le président démocrate, qui bénéficie d’un large soutien dans la population noire américaine, se rend ce mardi à Tulsa pour participer aux commémorations du centenaire d’un des pires épisodes de violence raciste de l’histoire des États-Unis. Kristi Williams, activiste et descendante de victimes, souhaite que Joe Biden leur "rende justice" à cette occasion :

Il y a 100 ans, nos logements, notre développement économique ont été stoppés, nos terres ont été prises. Aujourd’hui, le pays a l’opportunité de réparer ce tort.

Kristi